AGASA : licenciés abusivement, des agents dénoncent des violations flagrantes du Code du Travail

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En proie à une crise sociale qui prend désormais des proportions alarmantes, l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) se retrouve une nouvelle fois sous le feu des critiques. À l’origine de ce nouveau feuilleton : le licenciement jugé abusif d’un groupe d’agents qui dénoncent des pratiques à l’opposé des dispositions du Code du Travail et en violation flagrante des droits des travailleurs.

 

Une grève légitime à l’origine du conflit

 

À travers une note récapitulative, ces agents mettent en évidence un certain nombre d’actes posés par la direction générale de l’AGASA qui ont précédé leur licenciement. Ils déclarent : « Nous souhaitons porter à votre attention un récapitulatif précis de la crise sociale qui nous oppose actuellement à la direction générale de l’AGASA, notamment sur l’origine du conflit : une grève légitime et structurée. Le 1er octobre 2025, en notre qualité d’adhérents au syndicat SYNATA, nous avons déclenché un mouvement de grève pour dénoncer des manquements graves à la sécurité et au droit du travail, notamment : le dénuement matériel flagrant des agents de terrain, le défaut de reversement des prélèvements sociaux — mettant en péril notre protection sociale — et l’abandon scandaleux d’un collègue victime d’un accident de travail survenu dans l’exercice de ses fonctions, resté sans aucune prise en charge de la part de l’employeur. »

 

Répression syndicale au lieu de dialogue

 

En réponse à ce mouvement social légalement exercé, les agents licenciés dénoncent le refus catégorique de la direction générale d’ouvrir un dialogue social constructif. Selon leur déclaration commune : « Plutôt que d’engager un dialogue social, la direction générale a opté pour une stratégie de répression systématique : retenues salariales arbitraires, suivies du licenciement de quatre agents en Contrat à Durée Indéterminée (CDI) — des agents qui avaient gravi tous les échelons de l’institution, du stage au CDI, en passant par le contrat d’apprentissage jeunesse, le contrat de professionnalisation et le contrat à durée déterminée. »

 

Un motif économique contesté

 

Les quatre agents licenciés estiment que le motif économique invoqué par leur employeur constitue une manœuvre visant à masquer une sanction directement liée à leur activité syndicale, en violation flagrante des dispositions du Code du Travail du 19 novembre 2021. Un constat d’irrégularité a d’ailleurs été établi par l’Inspection Spéciale du Travail chargée du secteur agricole qui, après examen des dossiers des quatre agents licenciés, a formellement reconnu le non-respect des procédures légales par l’AGASA. Malgré l’injonction de l’Inspection du Travail demandant la réintégration des agents concernés et le dépôt d’une demande d’autorisation préalable de licenciement pour motif économique, la direction générale de l’AGASA a opposé un refus de se conformer aux recommandations de l’autorité compétente.

 

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Des aveux accablants obtenus par voie d’huissier

 

Face au silence persistant de la direction générale, les agents licenciés ont eu recours à une sommation interpellative, acte authentique dressé par Maître Louis MINKO MI ABO, Huissier de Justice près les juridictions de Libreville, en date du 1er décembre 2025. Interpellé personnellement dans son bureau par l’officier ministériel, le Directeur Général de l’AGASA, le Docteur Jean Delors BIYOGUE BI NTOUGOU, a répondu à quatre questions précises et signé chacune de ses réponses. Ses déclarations sont pour le moins édifiantes.

 

Sur la situation financière de l’AGASA, le Directeur Général a reconnu sans ambages que « la société est en situation d’endettement », chiffrant la dette à 938 000 000 FCFA au moment de sa prise de fonction. Sur la question des recrutements intervenus après les licenciements pour motif économique, il a confirmé que de nouveaux agents avaient été recrutés en contrat à durée indéterminée dans les semaines suivant les licenciements. Interrogé sur le respect de la procédure légale de licenciement économique, le Directeur Général a livré l’aveu le plus accablant : « Nous n’avons pas respecté la procédure pour motif économique. »

 

Ces déclarations, consignées dans un acte authentique revêtu du sceau du Tribunal de Première Instance de Libreville, contredisent frontalement la position officielle de l’AGASA et soulèvent des questions graves sur la gouvernance de cette institution publique. Comment justifier des licenciements pour motif économique tout en procédant simultanément à de nouveaux recrutements en CDI ? Comment invoquer des difficultés financières tout en refusant de se soumettre à la procédure légale qui aurait précisément permis d’en établir la réalité devant l’autorité compétente ?

 

Un préjudice total pour des agents désormais sans ressources

 

Dénonçant leur précarisation délibérée, ces agents déclarent qu’à ce jour le préjudice est total : privés de leurs emplois depuis novembre 2025, aucun de leurs droits légaux — indemnités de licenciement, indemnité de préavis, congés payés, solde de tout compte — ne leur a été réglé. L’un d’eux souffre en outre de séquelles permanentes à la suite d’un accident de travail survenu dans l’exercice de ses fonctions, un AVC ischémique contracté lors d’une mission sans équipement de protection adapté, malgré des demandes répétées adressées à la direction générale restées sans réponse.

 

Les agents concluent : « La direction générale refuse de nous verser l’intégralité de nos droits légaux et de nous délivrer nos certificats de travail, nous empêchant ainsi toute projection professionnelle. Face à ce mépris répété des textes en vigueur et des recommandations de l’autorité administrative compétente, nous avons épuisé toutes les voies de recours amiable. Nous attendons que justice soit rendue et que nos droits soient rétablis. »

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