CAN 2027 : à Nairobi, l’Afrique a parlé. Maintenant, il faut livrer
Nairobi, en marge du Sommet Africa Forward – Pendant que les investisseurs négociaient des milliards, les patrons du foot africain réglaient l’avenir de la CAN 2027. Ministres des Sports et présidents des fédérations co-organisatrices se sont retrouvés pour une séance de travail qui n’avait rien d’une réunion de courtoisie. Infrastructures, gouvernance, sécurité, logistique, mobilité des supporters, coopération institutionnelle : tout a été passé au crible. Et le message est clair. L’Afrique veut une CAN qui claque. Reste à voir si elle en a les moyens… et la discipline.
Pierre Alain Mounguengui, en tant que 3e vice-président de la CAF, a profité de cette table pour rappeler une évidence que l’on oublie trop souvent : une CAN ne se gagne pas sur le papier. Elle se gagne dans les chantiers, les aéroports, les postes de police, les gares routières, à 3h du matin quand les supporters débarquent. Il a partagé l’expérience des éditions passées, avec leur lot de réussites et de couacs. Le constat est brutal. Quand les États, les fédérations et les partenaires techniques tirent dans des directions différentes, c’est le public qui trinque. Et c’est l’image du continent qui prend.
Le vrai sujet de Nairobi, c’était la coordination. Une CAN 2027 réussie ne tombera pas du ciel. Elle exigera une machine administrative qui tourne sans grincer, des marchés publics livrés à temps, des visas qui ne bloquent pas les familles, des bus qui arrivent, des stades qui ne fuitent pas sous la pluie. On peut avoir les plus beaux projets du monde. Si la gouvernance patine, on se retrouve avec des coquilles vides et des promesses qui vieillissent mal.
Heureusement, le diagnostic n’est pas noir. L’Afrique a aujourd’hui les compétences, les ressources humaines et la vision pour organiser un tournoi aux standards internationaux. Les ingénieurs, les chefs de projet, les managers sportifs sont là. La jeunesse africaine connaît le foot mieux que n’importe quel consultant. Ce qui manque, c’est la capacité à verrouiller les processus et à dire non à l’improvisation de dernière minute. La CAN 2027 sera un test de maturité institutionnelle autant que sportive.

Le sommet a aussi servi à tisser des passerelles entre décideurs politiques, responsables sportifs et partenaires internationaux. C’est là que les choses avancent. Quand un ministre des Finances comprend l’impact économique d’un match de poule, quand une compagnie aérienne voit l’intérêt de fluidifier les vols intra-africains, quand une entreprise locale décroche un marché de sécurité ou de restauration, la CAN cesse d’être un événement et devient un accélérateur de développement.
Le Gabon était à la table. Et ce n’est pas anodin. Être présent dans ces sphères de décision, c’est défendre les intérêts du pays, mais c’est aussi ramener de l’expertise, des partenariats, des opportunités pour nos jeunes. Le rayonnement du football africain passe par là. Pas par les discours, par les contrats signés, les chantiers livrés, les emplois créés.
Il reste deux ans. Deux ans pour transformer les engagements en béton, les promesses en calendrier, les ambitions en billets vendus. La CAN 2027 peut devenir la vitrine d’une Afrique qui organise mieux qu’elle ne communique. Ou elle peut finir comme les autres, avec des excuses bien rodées et des stades à moitié pleins.
L’Afrique a parlé à Nairobi. Maintenant, il faut livrer. Les supporters n’attendent pas un communiqué. Ils attendent un tournoi qui claque, sûr, fluide, inoubliable. Et cette fois, on n’aura pas l’excuse de ne pas savoir ce qu’il fallait faire.
