Leslie Koko, thanatopractrice : “Je ne fuis pas la mort, je la soigne »

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Interviewée par nos confrères de Yoca Média, Leslie Koko ne contourne pas le sujet. Elle le regarde en face, le tutoie, presque. Thanatopractrice de métier, elle assume un choix de carrière que beaucoup évitent dans la conversation : s’occuper des morts, et le faire avec passion.

 

« Ma mission, c’est de rendre au défunt sa dignité avant le dernier regard », explique-t-elle. Pour Leslie, le travail commence bien avant les gestes techniques. C’est une prière, un recueillement, une mise en condition. Puis vient le soin : nettoyer, restaurer, composer. L’objectif est simple, brutal, humain : que la personne reparte belle, apaisée, présentable pour sa famille. « J’aime m’occuper des morts. Quand ils arrivent, je leur parle. Pour moi, ce sont mes enfants. On discute, et je commence.

»

 

Le vocabulaire choque, l’intention rassure. Derrière le mot “macabé”, il y a une manière de désacraliser la peur pour mieux tenir son rôle. Leslie ne pleure pas en salle de soins. Elle fait la part des choses : la morgue est un espace de travail, la chapelle est un espace deuil. « Je ne pleure jamais devant un corps, même si c’est de la famille. On pleure à la chapelle. » Ce cadre mental lui permet de tenir, d’être efficace, d’éviter l’épuisement émotionnel qui guette le métier.

 

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Sa relation à la mort n’est pas morbide, elle est méthodique. Elle n’a pas peur de mourir. Elle dit même avoir déjà pensé à l’organisation de ses propres obsèques. Le seul cas qui la fait flancher, c’est celui d’un enfant. « Dès que je reçois un enfant, je délègue. C’est la seule chose qui me pince. » L’aveu est honnête. Il montre la limite humaine derrière le professionnalisme.

 

Leslie ne s’arrête pas à la table de soins. Elle construit. Avec “LK Funérailles Planner”, elle structure une activité d’organisation d’obsèques, de l’accompagnement des familles à la logistique. La pompe funèbre associée doit être opérationnelle en décembre 2026. L’ambition est claire : professionnaliser un secteur encore trop souvent laissé à l’improvisation et à l’informel, au Gabon comme ailleurs.

 

Et puis il y a le message aux jeunes. Sec, direct, sans filtre : « Il n’y a rien dehors. Si tu pars, tu finis chez moi, et je m’occuperai de toi. » Ce n’est pas une menace, c’est un constat. Dans un contexte où l’informel et l’errance sociale guettent, Leslie renvoie chacun à la valeur du travail, même quand ce travail dérange.

 

Au-delà du personnage médiatique, son parcours met en lumière un métier essentiel et mal compris. La thanatopraxie ne se résume pas à des gestes techniques. C’est une interface entre la mort et le vivant, entre le respect du défunt et le soulagement des familles. Leslie Koko l’assume sans fard, avec une passion qui dérange autant qu’elle rassure.

 

Elle a choisi sa voie. Et dans un pays où l’on parle peu de la mort mais où tout le monde y passe, elle rappelle une chose : même dans l’absence, la dignité se travaille.

 

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