LIBREVILLE : 560 MILLIONS DE FCFA POUR 79 FAMILLES D’AKÉMI-NJOGONI ET BAIE DES COCHONS, LA FACTURE SOCIALE DES GRANDS TRAVAUX
560 millions de FCFA. C’est le montant global qui sera versé à 79 familles des quartiers Akémi-Ndjogoni et Baie des Cochons. Objectif : libérer les emprises nécessaires aux travaux d’aménagement routier en cours à Libreville. Une opération d’utilité publique qui a un coût humain et financier direct.
Le projet est clair : élargir, bitumer, fluidifier la circulation dans deux zones longtemps enclavées. Mais pour construire, il faut détruire. Et pour détruire, il faut indemniser. L’État engage donc une procédure classique de déguerpissement, avec compensation financière pour les ménages impactés.
Fait simple : 560 millions répartis sur 79 foyers. Soit une moyenne d’environ 7,1 millions FCFA par famille. Le montant exact variera selon la surface, le type de construction et les biens. Reste à savoir si cette enveloppe couvre réellement la valeur marchande et le coût de relogement à Libreville, où le foncier explose.
L’argent règle une partie du problème. Mais où vont ces familles ? C’est la vraie question. Un chèque ne remplace pas un quartier, un voisinage, une école à pied, un réseau de solidarité. Sans accompagnement social, l’indemnisation risque de créer de nouveaux bidonvilles en périphérie.
Ces déguerpissements ne sont pas les premiers. Ils s’inscrivent dans une série de grands travaux à Libreville. La différence se jouera sur la méthode : transparence des barèmes, délais de paiement, suivi post-déguerpissement. Si l’État paie vite et bien, la confiance monte. S’il paie tard et mal, la colère aussi.
Personne ne conteste la nécessité des routes. Libreville étouffe. Mais chaque kilomètre de bitume a un coût social. Le développement urbain ne peut pas se faire contre les populations. Il doit se faire avec elles. C’est tout l’enjeu de cette opération à Akémi-Ndjogoni et Baie des Cochons.

560 millions, c’est beaucoup et ce n’est pas beaucoup. Pour éviter les suspicions, il faut publier les listes, les critères et les calendriers. Que chaque famille sache pourquoi elle touche tel montant. Que les comités de quartier soient associés au suivi. La clarté tue les frustrations avant qu’elles ne naissent.
Ce dossier fera jurisprudence. D’autres quartiers seront touchés dans les mois à venir. Si le modèle Akémi-Ndjogoni / Baie des Cochons fonctionne, il pourra être dupliqué. S’il échoue, chaque nouveau chantier deviendra un bras de fer. L’État a donc intérêt à réussir celui-ci.
L’indemnisation est nécessaire. L’accompagnement est vital. Aide à la recherche de logement, appui pour les enfants scolarisés, appui pour les petits commerces déplacés. Sans ce volet, on déplace la pauvreté au lieu de la résorber. C’est le défi que les autorités doivent relever maintenant.
Au fond, ces 560 millions posent une question simple : à quoi sert la ville que nous construisons ? Si les routes servent à désenclaver mais que les anciens habitants ne peuvent plus y vivre, on aura gagné en bitume et perdu en cohésion sociale.
La réussite de ce projet ne se mesurera donc pas qu’en kilomètres de route. Elle se mesurera au visage des 79 familles, un an après le chèque.
Aimé Jordan PANGO
