Or au Moyen-Ogooué : Quand un minier applaudit la suspension de l’exploitation, le signal d’alarme est tiré
Dans le Moyen-Ogooué, l’or ne brille plus pour tout le monde. La décision des autorités de suspendre provisoirement l’exploitation aurifère vient de recevoir un soutien inattendu : celui d’Abdourhamani Ba Petit, directeur technique d’Africa Force Mining. Un acteur du secteur qui salue l’arrêt des machines, c’est dire si la situation est grave.
Quand un industriel demande lui-même une pause, c’est que le système a compris. Abdourhamani Ba Petit n’a pas joué la carte corporatiste. Au contraire, il qualifie la suspension de « nécessaire » et « cruciale ». Pour lui, continuer à exploiter dans ces conditions revient à cautionner le chaos.
Le constat du directeur technique est brutal : l’or du Moyen-Ogooué est pillé. Trop d’acteurs, selon lui, travaillent sans titre, sans permis, sans contrôle. Des pratiques douteuses qui transforment une richesse nationale en butin pour réseaux parallèles. La régulation est en panne, la sécurité aussi.
Loin de la voir comme un frein économique, Ba Petit y voit une respiration. Stopper les pelles, c’est donner aux autorités le temps de trier le légal de l’illicite. Sans cette pause imposée, impossible de reprendre la main sur un secteur gangrené par l’informel.
Pour le responsable d’Africa Force Mining, cette suspension doit être le point de départ d’un grand ménage. Il appelle à des mesures strictes : audit des permis, contrôle des sites, sanctions contre les clandestins. Exploiter l’or, oui. Mais pas à n’importe quel prix, ni avec n’importe qui.
L’enjeu dépasse la simple paperasse. Exploiter sans documents, c’est ouvrir la porte au blanchiment, au travail des enfants, aux conflits armés parfois. Ba Petit insiste : une exploitation légale, c’est une exploitation traçable. Chaque gramme d’or doit avoir un nom, une origine, un cadre.

Le dirigeant pointe aussi les dégâts collatéraux. Orpaillage sauvage rime souvent avec mercure dans les rivières, forêts éventrées, sols stérilisés. Suspendre l’activité, c’est aussi stopper l’hémorragie écologique. La reprise, si elle a lieu, devra se faire avec des normes environnementales intangibles.
Le paradoxe est cruel : le Moyen-Ogooué regorge d’or, mais ses villages restent pauvres. Ba Petit le martèle : aujourd’hui, les bénéfices filent dans des poches privées, souvent hors du pays. Une exploitation responsable doit d’abord servir les populations locales : écoles, routes, santé, emplois déclarés.
En défendant la suspension, le directeur technique d’Africa Force Mining défend aussi son business. Aucun investisseur sérieux ne mettra un franc dans un secteur où la loi du plus fort règne. Nettoyer le terrain, c’est rassurer les opérateurs crédibles et sortir de la logique de prédation.
La décision des autorités s’inscrit dans la ligne affichée par le président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA : ordre, transparence, intérêt général. La suspension dans le Moyen-Ogooué devient un test. Si l’État réussit à imposer des règles claires et à les faire respecter, le signal envoyé à tout le secteur minier sera puissant.
Le message de Ba Petit est clair : la suspension ne doit pas être un simple coup de communication. À la reprise, il faudra des garde-fous. Cadastre minier fiable, police des mines sur le terrain, retombées locales garanties. Sinon, rouvrir les sites reviendra à rouvrir la boîte de Pandore.
En saluant l’arrêt des machines, Abdourhamani Ba Petit a mis le doigt où ça fait mal : l’or ne vaut rien sans règles. La balle est désormais dans le camp des autorités.
Aimé Jordan PANGO
