SETRAG : QUAND DES SYNDICATS MINORITAIRES S’INQUIÈTENT DAVANTAGE DE LA SÉRÉNITÉ DE L’EMPLOYEUR QUE DES INTIMIDATIONS CONTRE LES TRAVAILLEURS !
À la veille du point de presse du 3 novembre 2026, les communiqués successifs de l’UTCT et du SNTT révèlent une contradiction troublante : pendant que les dirigeants des deux principales organisations syndicales de la SETRAG dénoncent des intimidations pour avoir exercé leurs libertés syndicales, ces syndicats minoritaires multiplient les appels à la retenue. Une posture qui interroge leur conception de la défense des travailleurs.
Une majorité syndicale dans le viseur de l’employeur
Les chiffres sont éloquents : sur les 36 sièges de délégués du personnel, le SYCAT en détient 18 et la FETRAG-SETRAG 13, soit ensemble 86,11 % de la représentation élective.
Ce sont pourtant les dirigeants de ces deux organisations qui dénoncent aujourd’hui des demandes d’explications pour avoir organisé des assemblées générales, utilisé leurs heures syndicales ou adressé des correspondances à l’employeur dans l’exercice de leurs mandats.
À ces procédures s’ajoutent des convocations à des entretiens préalables et des accusations d’ingérence patronale dans les affaires internes du SYCAT.

Depuis quand exercer légalement une liberté syndicale constitue-t-il une faute professionnelle ?
Le Code du travail gabonais et les conventions n° 87 et n° 98 de l’OIT protègent précisément les représentants des travailleurs contre les discriminations et les ingérences liées à leurs activités syndicales.
La Direction générale doit donc répondre à une question : quelle faute professionnelle personnelle, matériellement établie et distincte de l’activité syndicale reproche-t-elle exactement à ces dirigeants ?
UTCT et SNTT : cinq sièges, mais une étonnante ardeur à défendre la sérénité patronale
L’UTCT dispose de quatre sièges, soit 11,11 %, et le SNTT d’un seul, soit 2,78 %.
Pourtant, ces deux organisations semblent avoir trouvé un adversaire commun : le point de presse de la FETRAG-SETRAG.
Leurs communiqués invoquent les mêmes arguments : responsabilité, sérénité, dialogue social, sécurité ferroviaire et protection de l’image de l’entreprise.
Mais sur les intimidations dénoncées contre les dirigeants des deux organisations majoritaires, silence radio !
Aucune exigence explicite de retrait des procédures contestées. Aucune demande de justification des fautes reprochées. Aucune interpellation sur les ingérences patronales alléguées.
En revanche, dès qu’une conférence de presse est annoncée, l’inspiration revient miraculeusement !
Quelle étrange conception du syndicalisme : les pressions dénoncées contre les travailleurs ne provoquent aucune réaction explicite, mais leur volonté de s’exprimer publiquement devient soudainement un problème !
Une contradiction avec les exhortations présidentielles

Cette crise interpelle également la Direction générale sur sa responsabilité face aux orientations du président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA.
Dans le prolongement des exhortations présidentielles de Makokou du 30 août 2026, appelant à rompre avec les dérives du passé, les accusations d’intimidation syndicale, d’ingérence patronale et de précarisation des emplois méritent des réponses.
Comment prétendre accompagner la transformation du Gabon tout en faisant l’objet d’accusations de pratiques managériales héritées de l’ordre ancien ?
Le respect des orientations présidentielles ne saurait se limiter aux discours. Il doit se traduire dans la gouvernance des entreprises, le respect de la dignité des travailleurs et la garantie des libertés syndicales.
Si les faits dénoncés sont établis, ils révéleraient une contradiction profonde entre les ambitions de transformation affichées au sommet de l’État et les pratiques de gestion sociale au sein de la SETRAG.
Le dialogue social n’est pas une obligation de silence
L’UTCT reconnaît la liberté syndicale, mais appelle ses adhérents à ne pas s’associer à son exercice public. Le SNTT semble, quant à lui, vouloir conditionner l’organisation d’un point de presse à une consultation préalable des autres syndicats.
Depuis quand une organisation syndicale doit-elle obtenir l’autorisation d’une autre pour dénoncer les difficultés des travailleurs ?
Une conférence de presse n’est ni une grève ni un acte d’indiscipline. Elle relève de la liberté d’expression syndicale, dans le respect de la loi.
Le dialogue social ne peut devenir un instrument de neutralisation des organisations qui refusent de se laisser entraîner dans les rivalités de pouvoir et de leadership au sein de la Direction générale.
Quant aux convocations visant les dirigeants syndicaux, elles ne sauraient légalement sanctionner le seul exercice de leurs mandats. Les intéressés y voient une tentative d’intimidation psychologique destinée à réinstaller la peur parmi les cheminots.
La véritable question : qui défend les travailleurs ?
À quelques jours d’un point de presse consacré aux libertés syndicales, aux conditions de travail et à l’externalisation des métiers ferroviaires, les prises de position des organisations minoritaires interpellent.
Le pluralisme syndical autorise les divergences. Il ne transforme pas pour autant la défense de l’image de l’employeur en mission prioritaire d’un syndicat.
Pourquoi tant d’empressement à dénoncer une conférence de presse et si peu d’empressement à dénoncer les intimidations dont les représentants de 86,11 % des sièges de délégués du personnel se disent victimes ?
La SETRAG ne se confond pas avec sa Direction générale. Défendre l’entreprise, c’est aussi défendre ceux qui y travaillent.
La paix sociale ne se décrète pas par communiqué. Elle se construit par le respect des droits, et non par la peur.
Et lorsqu’un syndicat trouve davantage de raisons de protéger la sérénité de l’employeur que de défendre ses collègues confrontés à des procédures contestées, ce n’est plus seulement sa représentativité qui interroge : c’est sa conception même du syndicalisme !
Aimé Jordan PANGO
