OGOOUÉ-IVINDO : 144 ENGINS DÉBARQUENT, LE GABON LANCE LA GUERRE DES 260 KM ENTRE MAKOKOU, MÉKAMBO ET ÉKATA
260 kilomètres. 144 engins. Le compte y est. Le Gabon a officiellement lancé la réhabilitation et l’aménagement de l’axe Makokou–Mékambo–Ékata. Bulldozers, niveleuses, compacteurs et camions sont déjà réceptionnés. Objectif : transformer l’un des corridors les plus dégradés de l’Ogooué-Ivindo en route durablement praticable.

Dans l’Ogooué-Ivindo, se déplacer relevait jusqu’ici de l’exploit. Pistes défoncées, ponts fragiles, bourbiers en saison des pluies. Makokou–Mékambo–Ékata est pourtant l’épine dorsale de la province. C’est par là que transitent élèves, malades, commerçants et produits. Moderniser cet axe, c’est recoudre la province.
Le déploiement massif du matériel dit une chose simple : on passe des discours aux travaux. Le pouvoir veut montrer que les annonces se traduisent par des chenilles sur le sol. Dans une province longtemps mise à l’écart des grands chantiers, voir 144 engins alignés est en soi un événement politique.
Au-delà du goudron, il y a l’argent qui va circuler. Agriculture vivrière, bois, artisanat, petit commerce. Aujourd’hui, évacuer une production coûte cher et prend des jours. Demain, avec une route praticable, les coûts de transport chutent, les marchés s’ouvrent, les prix baissent. Rapprocher les villages des centres administratifs et économiques, c’est ça l’enjeu.
Pour les transporteurs, la facture est salée : pneus crevés, suspensions cassées, carburant gaspillé. Pour les familles, les temps de parcours rallongent tout : évacuations sanitaires, rentrée scolaire, marché. Une route en bon état, c’est directement du pouvoir d’achat récupéré.

Le parc mobilisé n’est pas anodin. Il faut attaquer le chantier sur plusieurs fronts à la fois pour ne pas s’enliser. Niveleuses pour le profil, compacteurs pour la tenue, camions pour les matériaux. La logique est claire : avancer vite et partout, pas au compte-gouttes.
Ce lancement tombe à un moment où les infrastructures sont au centre de la stratégie de développement. Envoyer autant de moyens à l’intérieur, c’est adresser un message aux populations : l’État vous voit. Après des années d’attente, Makokou, Mékambo et Ékata passent du statut de « zone oubliée » à « chantier prioritaire ».
Sur place, les gens ne veulent plus de dates, ils veulent des kilomètres. Ils veulent voir la route avancer, semaine après semaine. L’engouement est réel, mais il s’accompagne d’une exigence : qualité et délais. Un chantier mal fait, c’est une route à refaire deux ans plus tard.
Réceptionner des engins, c’est 10% du travail. Les 90% restants s’appellent : approvisionnement régulier, encadrement technique, suivi rigoureux, lutte contre les retards. Et surtout tenir les 260 km jusqu’au bout. Dans cette partie du pays, la pluie, la logistique et l’isolement sont des adversaires redoutables.
Le Gabon a mis les moteurs en marche. Maintenant, il faut transformer ce bruit de moteurs en kilomètres de bitume ou de piste stabilisée qui tiennent.
Makokou–Mékambo–Ékata n’est pas qu’une route. C’est un test. Si l’Ogooué-Ivindo est reliée efficacement, toute l’économie provinciale change de vitesse.
Aimé Jordan PANGO
