Du champ à la tasse : les lycéens d’Awassi découvrent le vrai visage du café-cacao gabonais
Vendredi 22 mai 2026, la Caistab a ouvert ses portes aux Première et Terminale du Lycée Privé Awassi Officiel. Pas de cours magistral, pas de PowerPoint soporifique. Juste une plongée concrète dans la filière café-cacao, de la fève au produit fini, avec à la clé une dégustation qui a rendu la leçon inoubliable.
Accueillis par la Direction Générale et leur fondateur, les élèves ont quitté les bancs pour entrer dans un univers où chaque geste compte. L’objectif n’était pas de “visiter pour visiter”. Il s’agissait de montrer que la filière café-cacao est une chaîne de métiers précis, techniques, et valorisants, qui recrutent et qui paient quand on les maîtrise.
La visite guidée a déroulé le parcours complet : réception des lots, contrôle à l’entrée, stockage, tri, échantillonnage, vérification qualité. Les élèves ont vu comment une fève mal séchée ou un grain cassé peut déclasser tout un lot. La leçon est simple : en agriculture d’export, la rigueur fait la différence entre un prix correct et une perte sèche.
C’est l’opération qui a le plus marqué. Enlever les impuretés, calibrer, homogénéiser. C’est manuel, c’est technique, c’est chronométré. Les apprenants ont compris pourquoi la main-d’œuvre qualifiée est recherchée : un bon trieur gagne de l’argent à l’entreprise en augmentant la valeur du lot. Ici, la compétence se mesure en kilogrammes vendus au bon prix.
Contrôleur qualité, magasinier, opérateur de tri, technicien de laboratoire, logistique. La Caistab a mis des visages sur ces fonctions. Pour des jeunes en fin de lycée, voir ces postes occupés par des Gabonais qui expliquent leur métier, ça change la perception. Ce n’est plus “travail dans l’agro”, c’est “métier de précision dans une filière stratégique”.
Le café et le cacao ne sont pas des reliques. Ils restent des leviers de diversification et de devises. Mais la valeur ne se crée pas en laissant partir la matière brute. Elle se crée quand le produit est tracé, trié, contrôlé, et présenté au standard du marché. La visite a montré que cette valeur se gagne à chaque étape.

La visite s’est terminée autour d’un café et d’un chocolat chaud. L’idée est maline : lier la théorie à l’expérience sensorielle. Quand tu as vu le tri, senti l’arôme, goûté le résultat, tu comprends pourquoi le contrôle qualité n’est pas une formalité. C’est ce qui sépare le produit banal du produit qui se vend bien.
Le Directeur Général l’a rappelé : l’objectif est de faire connaître les métiers de la Caistab et de resserrer les liens avec la jeunesse. Ce n’est pas du marketing. C’est de la gestion de vivier. Si 10% des élèves repartent avec l’envie de faire un stage, de viser un BTS en agro-industrie, ou de monter un projet autour du cacao, l’opération est rentable pour le pays.
On a tendance à admirer ce qui vient d’ailleurs. Montrer aux élèves que le café et le chocolat qu’ils boivent peuvent être gabonais, et que des Gabonais en maîtrisent toute la chaîne, ça modifie le rapport au produit local. La fierté économique commence par la connaissance du processus.
Une demi-journée à la Caistab vaut mieux que trois heures de cours théorique sur les filières agricoles. Si chaque établissement du pays organisait ce type d’immersion, le fossé entre formation et emploi se réduirait. Les entreprises gagnent des candidats motivés, les élèves gagnent une boussole.
La filière café-cacao ne manque pas de potentiel. Elle manque de jeunes formés qui comprennent que la qualité se construit au gramme près, dans le stockage, dans le tri, dans le contrôle. Vendredi, les élèves d’Awassi ont vu comment ça marche. À eux de décider s’ils veulent en faire leur métier.
Aimé Jordan PANGO
