La Poste SA : réformer ou disparaître, l’heure des choix ne peut plus attendre

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La Poste SA tient debout par perfusion budgétaire, mais ses bureaux menacent de fermer et son personnel en a assez d’attendre. Sans paiement des 4 mois d’arriérés et sans transfert effectif du pouvoir à la nouvelle direction, le service public postal risque de basculer de la crise à la rupture. Le vrai blocage n’est plus technique : il est humain et politique.

 

Le 15 mai, le Syndicat national de la Poste a parlé clair : sans mesures immédiates, fermeture des bureaux sur tout le territoire. Quatre mois de salaires impayés, des promesses non tenues, une direction sortante qui traîne à passer la main. Quand le ras-le-bol atteint ce niveau, on ne parle plus de grève d’humeur. On parle de survie d’un service public.

 

Autrefois, La Poste reliait les territoires, assurait une présence de l’État dans chaque chef-lieu, portait la continuité administrative et sociale. Aujourd’hui, l’image s’est fissurée. Le courrier papier s’effondre, les flux se digitalisent, et l’entreprise n’a pas pivoté assez vite ni assez profond. Les tentatives de redressement se sont multipliées, mais elles n’ont pas touché le cœur du problème.

 

Oui, la baisse du courrier et l’essor des services digitaux ont changé la donne. Mais partout où la réforme a été menée avec méthode, la Poste s’est réinventée : colis, services financiers de proximité, identité numérique, distribution de proximité. Au Gabon, la transformation est restée inachevée. Résultat : marginalisation dans un environnement où diligence, connectivité et digitalisation sont devenues la norme.

 

Ce qui bloque aujourd’hui, c’est moins l’absence d’idée que la difficulté à organiser la passation. Une équipe sortante qui refuse de libérer les lieux crée une situation de défiance face à une décision du Conseil des ministres. Or sans autorité claire, pas de contrat de performance, pas de réorganisation, pas de confiance des bailleurs et des partenaires. La réforme ne peut pas s’exécuter dans l’entre-deux.

 

Gouvernance instable, financement précaire, modernisation à l’arrêt, services entiers immobilisés par des résistances internes. À force de rustines, l’édifice a perdu en cohérence. L’État injecte encore des ressources, mais celles-ci sont limitées et ne peuvent pas remplacer une vision d’entreprise rentable et utile.

 

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Quatre mois d’arriérés, c’est quatre mois de loyers, de scolarité, de soins différés. Le personnel n’est pas en grève par idéologie. Il est à bout. Toute relance crédible commence par traiter cette dette sociale et par redonner un horizon lisible aux agents. Sans apaisement social, aucune réforme ne tient.

 

Le ministre de la Communication et des Médias a mis sur la table un contrat de performance et une réforme pour stopper le déclin. L’idée est bonne : objectifs clairs, moyens associés, reddition de comptes. Mais un contrat sans autorité opérationnelle est un papier. Il faut un exécutif légitime, une feuille de route à 100 jours, et des indicateurs publics pour mesurer les progrès.

 

Le retour à la rentabilité paraît chimérique aujourd’hui. Il ne l’est pas si l’entreprise recentre son activité sur ce qui crée de la valeur maintenant : logistique du dernier kilomètre, bancassurance de proximité, distribution de services publics et privés, digitalisation des guichets. Ce n’est pas une nostalgie du timbre. C’est une stratégie de plateforme.

 

Si l’État ne parvient pas à réformer son opérateur postal, le message envoyé aux autres entreprises publiques est simple : l’immobilisme paie. À l’inverse, une passation propre, un plan social équitable, et un plan d’affaires réaliste peuvent redonner de la crédibilité à l’action publique. La Poste peut redevenir un outil de cohésion, mais à condition de cesser de fonctionner comme un héritage figé.

 

D’abord, solder la dette salariale pour rouvrir le dialogue. Ensuite, faire respecter la décision du Conseil des ministres et installer la nouvelle direction sans délai. Enfin, lancer un plan de relance opérationnel avec des objectifs trimestriels publics : délais de distribution, volume colis, services financiers actifs, taux de disponibilité des guichets. Sans ces trois verrous, on tourne en rond. Avec eux, la descente aux enfers peut encore être stoppée.

 

Aimé Jordan PANGO 

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