SETRAG : LA FETRAG-SETRAG DÉNONCE UNE CRISE SOCIALE PROFONDE ET INTERPELLE LES PLUS HAUTES AUTORITÉS DE L’ÉTAT

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Libertés syndicales, procédures disciplinaires contre des représentants des travailleurs, précarisation des emplois, marginalisation des compétences gabonaises et sécurité ferroviaire : lors de son point de presse du 3 novembre 2026, la FETRAG-SETRAG a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion sociale de la Société d’Exploitation du Transgabonais (SETRAG). Le syndicat réclame une intervention des pouvoirs publics et appelle le groupe ERAMET à prendre ses responsabilités.

 

Une direction générale accusée de privilégier l’intimidation au dialogue social

 

Le climat social à la SETRAG semble avoir atteint un niveau de tension particulièrement préoccupant. Face à la presse, le président de la FETRAG-SETRAG, Gilles Térence MONDJO MONDJO, a dénoncé ce que son organisation considère comme une dégradation continue des relations professionnelles, marquée par des pratiques managériales incompatibles avec les exigences de la liberté syndicale.

 

Au cœur des accusations figurent les demandes d’explications et les convocations à des entretiens préalables adressées à des responsables syndicaux, dans un contexte d’activités relevant de leurs mandats de représentation.

 

Le président de la FETRAG-SETRAG affirme lui-même avoir été visé par une procédure susceptible de déboucher sur une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement.

 

Pour le syndicat, ces initiatives soulèvent une question fondamentale : la Direction des ressources humaines cherche-t-elle à faire de l’exercice des libertés syndicales une affaire disciplinaire ?

 

L’organisation rappelle que les prérogatives de l’employeur ne lui permettent pas de se substituer aux instances compétentes pour trancher les différends relatifs au fonctionnement des organisations syndicales.

 

« Une Direction des Ressources Humaines n’a pas vocation à être une chambre de sanction des mandats syndicaux », affirme la déclaration.

 

Cette position traduit une rupture avec une conception des relations professionnelles dans laquelle la contestation syndicale serait assimilée à une insubordination.

 

La représentativité syndicale au cœur du bras de fer

 

La crise révèle également un profond désaccord sur la place accordée aux organisations syndicales dans le dialogue social.

 

Alors que les résultats des élections des délégués du personnel ont fait apparaître une forte représentation des organisations syndicales contestataires, la FETRAG-SETRAG dénonce les difficultés rencontrées pour obtenir une concertation conforme au poids électoral des représentants des travailleurs.

 

Le syndicat réclame notamment la proclamation officielle des résultats électoraux afin de garantir une détermination transparente de la représentativité.

 

Cette revendication prend une dimension particulière dans un environnement où la direction est accusée de ne pas réserver le même traitement aux différentes sensibilités syndicales.

 

Pour la FETRAG-SETRAG, la paix sociale ne peut reposer sur la sélection d’interlocuteurs jugés plus conciliants avec l’employeur. Elle suppose la reconnaissance des organisations représentatives, y compris lorsqu’elles contestent les décisions de la direction.

 

Le dialogue social ne saurait devenir un mécanisme destiné à récompenser les syndicats complaisants et à marginaliser ceux qui exercent leur droit de contradiction.

 

Treize préoccupations qui dépassent largement le conflit syndical

 

L’un des enseignements majeurs de ce point de presse réside dans l’étendue des dysfonctionnements dénoncés.

 

La FETRAG-SETRAG ne limite pas son intervention aux procédures visant ses dirigeants. Elle présente treize préoccupations touchant directement à la gestion des ressources humaines, aux conditions de travail et à l’avenir du chemin de fer gabonais.

 

Parmi les situations évoquées figure celle des agents de la Direction Système Signalisation Projets (DSSP), qui subiraient des pressions professionnelles et une marginalisation progressive.

 

Le recours prolongé aux entreprises de mise à disposition de personnel constitue un autre sujet de préoccupation. Selon le syndicat, certains travailleurs employés à travers des structures telles que SEGAS RAIL, HSD, STVB ou HUMANIS enchaînent les prestations depuis plus de dix ans sans perspective réelle d’intégration à la SETRAG.

 

L’organisation dénonce une précarisation durable de travailleurs qui participent pourtant au fonctionnement quotidien de l’entreprise.

 

À cela s’ajoutent les interrogations relatives à la multiplication des entreprises prestataires et au risque de transfert progressif des métiers ferroviaires vers des structures extérieures.

 

Pour les représentants des travailleurs, cette évolution pourrait compromettre la transmission des savoir-faire et la maîtrise nationale des activités stratégiques du chemin de fer.

 

Compétences gabonaises : une politique de recrutement contestée

 

La question de la valorisation des compétences nationales occupe également une place centrale dans les revendications.

 

La FETRAG-SETRAG dénonce des disparités de traitement entre travailleurs gabonais et expatriés, notamment en matière de rémunération, d’avantages professionnels et de perspectives de carrière.

 

Le syndicat s’interroge sur les critères de recrutement de la main-d’œuvre étrangère et sur la place réellement réservée aux compétences nationales dans les fonctions d’encadrement.

 

Ces préoccupations s’accompagnent de critiques concernant l’absence d’un organigramme actualisé, la création alléguée de postes ne correspondant pas au Répertoire opérationnel des métiers et des emplois de l’entreprise, ainsi que le défaut d’harmonisation de certaines fonctions.

 

Plus préoccupant encore, certains agents attendraient leurs fiches de poste depuis plus de cinq ans.

 

Cette situation pose la question de la transparence dans la gestion des carrières et de la reconnaissance des qualifications professionnelles.

 

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Le rapport social annuel, révélateur des insuffisances du dialogue social

 

Parmi les treize revendications, l’absence dénoncée du rapport social annuel mérite une attention particulière.

 

Ce document constitue un instrument de transparence permettant aux représentants des travailleurs d’examiner les effectifs, les conditions d’emploi, les rémunérations, la formation professionnelle et les principaux indicateurs de la politique sociale de l’entreprise.

 

Son établissement relève des obligations prévues par l’article 97 du Code du travail gabonais pour les entreprises entrant dans son champ d’application.

 

En dénonçant son absence, la FETRAG-SETRAG soulève une question qui dépasse les désaccords entre dirigeants syndicaux et employeur : comment construire un dialogue social sérieux lorsque les représentants des travailleurs ne disposent pas des informations nécessaires pour apprécier la gestion sociale de leur entreprise ?

 

La communication de ce rapport pourrait ainsi constituer un préalable déterminant à la restauration d’une concertation fondée sur des données vérifiables.

 

Sécurité ferroviaire : des alertes qui interpellent les autorités de régulation

 

Le syndicat a également attiré l’attention sur la sécurité du transport ferroviaire des voyageurs.

 

Il évoque une dégradation de l’état du matériel roulant et des incidents répétés de rupture d’attelage, des signalements qui appellent, selon lui, un renforcement des contrôles techniques.

 

La FETRAG-SETRAG demande notamment une implication plus effective de l’Autorité de régulation des transports ferroviaires (ARTF) sur le terrain.

 

Ces préoccupations donnent une portée nationale à l’alerte syndicale

 

Le Transgabonais représente une infrastructure essentielle pour la circulation des personnes et des marchandises. Les questions de sécurité, de maintenance et de qualification des personnels ne peuvent donc être réduites à de simples différends internes.

 

Les faits signalés nécessitent des vérifications techniques indépendantes afin d’en établir la réalité, les causes et les éventuelles responsabilités.

 

L’État et ERAMET directement interpellés

 

Face à l’accumulation de ces préoccupations, la FETRAG-SETRAG estime que la résolution de la crise ne peut plus dépendre exclusivement des échanges avec la Direction générale.

 

L’organisation sollicite l’intervention du Président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, en rappelant ses orientations en faveur du dialogue social et de la préservation de la paix sociale.

 

Elle lui adresse également une invitation officielle à rencontrer directement les cheminots afin de prendre connaissance de leurs préoccupations, d’Owendo à Franceville.

 

Le ministre du Travail est appelé à engager un examen impartial des difficultés signalées, notamment celles relatives à la protection des représentants syndicaux et au respect des obligations sociales de l’employeur.

 

Le groupe ERAMET, auquel appartient la SETRAG, est lui aussi interpellé sur sa responsabilité dans les pratiques sociales de sa filiale gabonaise.

 

Pour le syndicat, les engagements internationaux du groupe en matière de responsabilité sociale doivent trouver une traduction concrète dans les relations professionnelles au Gabon.

 

L’organisation invoque également les conventions n° 87 et n° 98 de l’Organisation internationale du Travail, relatives à la liberté syndicale et à la protection du droit d’organisation et de négociation collective.

 

Une crise qui pose désormais la question du modèle de gouvernance sociale

 

Au-delà des revendications immédiates, ce point de presse révèle une confrontation entre deux conceptions du dialogue social.

 

D’un côté, une organisation syndicale qui revendique son indépendance et exige le respect des mécanismes légaux de représentation des travailleurs. De l’autre, une direction dont les pratiques sont vivement contestées et à laquelle il revient de répondre aux accusations formulées.

 

Les griefs présentés par la FETRAG-SETRAG constituent, à ce stade, la position du syndicat. Leur examen contradictoire et les réponses de la Direction générale demeurent nécessaires pour établir les responsabilités.

 

Une chose apparaît néanmoins dans cette déclaration : la crise ne se limite plus aux relations entre quelques responsables syndicaux et la Direction des ressources humaines. Elle touche désormais aux conditions d’emploi, à la gouvernance sociale, à la sécurité ferroviaire et à la place des compétences gabonaises dans une entreprise stratégique.

 

En demandant un cadre de concertation permanent associant l’État, l’employeur et les organisations syndicales représentatives, la FETRAG-SETRAG entend replacer le débat sur le terrain des obligations légales et des responsabilités institutionnelles.

 

Le message adressé aux dirigeants de la SETRAG est sans ambiguïté : l’autorité de l’employeur ne saurait se confondre avec un pouvoir de restriction des libertés syndicales.

 

La réponse apportée à ces interpellations permettra de mesurer la volonté réelle des parties de restaurer un dialogue social crédible.

 

Car derrière ce bras de fer se joue une question bien plus large : celle de savoir si le Transgabonais peut durablement remplir sa mission stratégique sans une reconnaissance effective des droits et de la dignité des cheminots.

 

« On ne pilote pas un chemin de fer contre ses cheminots », rappelle la FETRAG-SETRAG.

 

Une formule qui résume la portée de cette nouvelle offensive syndicale et place désormais la Direction générale, le groupe ERAMET et les autorités compétentes face à leurs responsabilités.

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