TRAIN DE MARCHANDISES ENTRE NDJOLÉ ET ALEMBE : QUAND LES LANCEURS D’ALERTE AVAIENT RAISON AVANT L’ACCIDENT
Un nouvel incident impliquant un train de marchandises aurait été enregistré le week-end dernier, entre Ndjolé et Alembe. Les images qui circulent depuis, transmises par des témoins sur place, ont suffi à relancer la peur sur le rail gabonais.
Sur ces images, on voit ce que les cheminots dénoncent depuis des mois : un outil de production sous tension, des circulations à risque, et une sécurité ferroviaire qui semble tenir à un fil. Le tronçon Ndjolé-Alembe n’est pas un tronçon comme les autres, c’est l’artère vitale du Transgabonais.

Cet événement rappelle avec une cruauté saisissante toute la pertinence des préoccupations soulevées par l’organisation syndicale des cheminots lors de son point de presse du 3 novembre 2026. Ce jour-là, devant la presse, les représentants des travailleurs avaient tiré la sonnette d’alarme.
Ils dénonçaient notamment les risques pesant sur la sécurité ferroviaire, l’état des infrastructures, la fatigue des équipes et la nécessité urgente de préserver l’outil de production. À l’époque, certains avaient voulu voir dans ces propos une simple agitation sociale.
Aujourd’hui, l’incident de Ndjolé-Alembe leur donne raison. Car on ne peut pas, d’un côté, minimiser les alertes, et de l’autre, constater que les incidents se multiplient sur la voie. Le paradoxe est saisissant et il interpelle.
Le paradoxe est d’autant plus saisissant que, pendant que les représentants des travailleurs s’inquiètent de la sécurité des circulations, la Direction générale engage des procédures disciplinaires à l’encontre de certains dirigeants syndicaux pour leurs activités syndicales. Une réponse qui pose question.
Peut-on sanctionner ceux qui alertent quand les faits leur donnent raison ? Peut-on parler de fautes syndicales quand il s’agit de défendre la vie des cheminots et des populations riveraines ? C’est toute la question que pose ce nouvel incident.
Pour le syndicat, défendre les droits des cheminots, ce n’est pas défendre une corporation contre l’entreprise. C’est défendre l’entreprise elle-même, ses infrastructures, ses équipements et les marchandises qui lui sont confiées par les clients et par l’État.

L’incident signalé entre Ndjolé et Alembe mérite donc des explications claires et publiques. Quelles sont les circonstances exactes ? Quelles en sont les causes techniques ou humaines ? Et surtout, quelles mesures concrètes ont été prises pour éviter sa répétition ?
Car derrière chaque incident de train de marchandises, il y a un risque de déraillement, un risque de pollution, un risque d’interruption du trafic et, surtout, un risque humain. Les cheminots ne sont pas des pions, ce sont des pères et des mères de famille qui prennent la voie chaque jour.
Plutôt que de considérer les alertes syndicales comme des actes d’hostilité ou de défiance, la Direction générale gagnerait à y voir ce qu’elles sont réellement : une contribution précieuse à la prévention des risques et à l’amélioration de la sécurité.
Dans toutes les grandes entreprises ferroviaires du monde, les syndicats sont des partenaires de la sécurité. Ils sont les yeux et les oreilles du terrain. Faire taire ces voix, c’est se priver d’un système d’alerte précoce qui peut sauver des vies et des milliards.
On ne préserve pas l’outil de production en cherchant à faire taire ceux qui dénoncent ses vulnérabilités. On le préserve en écoutant, en investiguant et en corrigeant. La répression ne répare pas un rail, elle ne freine pas un train, elle ne sécurise pas une circulation.
Le syndicat rappelle ainsi une évidence qui devrait faire consensus : la sécurité des cheminots, des circulations et des biens transportés doit primer sur les tensions sociales et les considérations de pouvoir. Avant d’être une question de discipline, c’est une question de vie ou de mort.
C’est aussi, et surtout, sur sa capacité à garantir cette sécurité que la Direction générale doit être jugée. Pas sur sa capacité à imposer le silence, mais sur sa capacité à faire rouler les trains sans que chaque voyage entre Ndjolé et Alembe ne devienne une source d’angoisse.
Les cheminots ont alerté, les faits ont suivi. Il est temps d’écouter.
Aimé Jordan PANGO
